La maladie de Crohn

et l'action de Faecalibacterium Prausnitzii

 La maladie de Crohn est une affection inflammatoire chronique du tube digestif qui peut toucher toutes les parois du tube digestif, de l’oesophage à l’anus. Le plus souvent, elle atteint le côlon et la partie terminale de l’intestin grêle.

 

Douleurs abdominales, fièvre, fatigue, et surtout diarrhées handicapent la qualité de vie des patients. Parfois, elle s’accompagne aussi d’autres symptômes (articulaires, cutanés, oculaires, etc.) C’est une affection persistante qui évolue par poussées, auxquelles succèdent des phases d’accalmie.

 

  On dispose de médicaments qui traitent les symptômes, des immunosuppresseurs, anti-TNF alpha notamment qui espacent et limitent l’ampleur des poussées.

 

 Elle est favorisée par le tabagisme et le mode de vie dans les pays industrialisés. Certaines prédispositions génétiques ou immunologiques, comme un dysfonctionnement du système immunitaire, pourraient aussi expliquer son apparition. Les causes de la MDC ne sont pas connues, mais plusieurs facteurs pourraient contribuer à son développement :

- prédispositions génétiques.

- facteurs immunologiques liés à un dysfonctionnement du système immunitaire.

- facteurs environnementaux (maladie plus fréquente dans les pays industrialisés, surtout depuis cinquante ans) .

- le tabagisme (favorise l’apparition de la maladie et son aggravation, et accentue les poussées).

- le régime alimentaire et l’action de certaines bactéries sont pris en compte par les chercheurs.

 

 Les anomalies génétiques sont responsables d’une défense immunitaire inadaptée à l’encontre des bactéries habituelles de la flore intestinale, qui entraine une modification du microbiote intestinal avec une dysbiose.

(Le gène NOD2 agirait sur la régulation de la flore intestinale).

Des germes habituellement détruits vont proliférer dans l’intestin, causant des lésions inflammatoires avec un microbiote n’arrivant plus à protéger efficacement l’intestin contre l’inflammation.

 

 Les patients atteints de la maladie de Crohn ont 20 à 30 % de moins d’espèces bactériennes que les sujets sains avec une modification du rapport Firmicutes/Bacteroidetes et un déficit en Firmicutes du groupe bactérien Clostridium leptum et en particulier Faecalibactérium prausnitzzi (Inra Jouy-en-Josas).

 

 De plus, chez les patients pour lesquels une intervention chirurgicale s'est avérée nécessaire, le risque de récidive précoce était d'autant plus important que leur taux de F. prausnitzii au niveau de l'intestin était bas.

 

Faecalibacterium prausnitzii joue un rôle anti-inflammatoire important dans la maladie de Crohn (Inra, Inserm, AP-HP et UPMC).

 

La poursuite des travaux de recherche menés par l’INRA en collaboration avec une équipe américaine (Berkeley), AgroParisTech, l’Inserm, l’AP-HP et l’UPMC montre que Faecalibacterium prausnitzii protége de l’inflammation intestinale et ils proposent des explications concernant des mécanismes d’action :

 La présence de F. prausnitzii est associée à des molécules anti-inflammatoires dans l’intestin et dans le sang des animaux. Selon l'hypothèse des chercheurs, elle serait capable d’assurer une protection de notre tractus digestif par un arsenal varié d’activités métaboliques. Par exemple, l’acide salicylique, précurseur de molécules utilisées dans le traitement des patients atteints de MICI, est retrouvé dans l’intestin des souris portant F. prausnitzii.

 

 Dès qu’il y a une inflammation intestinale, la diminution de la présence de la bactérie F. prausnitzii aggrave la pathologie.

 

 De façon à entraver ce cercle vicieux conduisant à l’inflammation chronique du tractus digestif, les scientifiques envisagent de restaurer la présence de F. prausnitzii grâce à des probiotiques ou des prébiotiques qui favorisent le développement de la bactérie.

 Ce qui ouvre des perspectives pour proposer de nouveaux compléments alimentaires et aliments fonctionnels pour lutter contre les maladies inflammatoires chroniques de l’intestin.

 

 

 A noter, ces résultats font partie du projet FUI FParis, labellisé en 2010 par le pôle de compétitivité Vitagora et porté par la société Merck Médication familiale : FPARIS, a pour objectif de développer et de produire, à partir d'une nouvelle espèce bactérienne commensale anti-inflammatoire, le premier complément alimentaire, commercialisé sous la marque leader Bion, aux effets prouvés dans le domaine de l'inflammation intestinale».

 Ces travaux ont été publiés le 21 avril 2015 dans la revue mBio.

 

Miquel S, Leclerc M, Martin R, Chain F, Lenoir M, Raguideau S, Hudault S, Bridonneau C, Northen T, Bowen B, Bermúdez-Humarán LG, Sokol H, Thomas M, Langella P. 2015. Identification of metabolic signatures linked to anti-inflammatory effects of F prausnitzii.

 

Proc Natl Acad Sci U S A. 2008 Oct 28;105(43):16731-6. doi: 10.1073/pnas.0804812105. Epub 2008 Oct 20.Faecalibacterium prausnitzii is an anti-inflammatory commensal bacterium identified by gut microbiota analysis of Crohn disease patients.Sokol H1, Pigneur B, Watterlot L, Lakhdari O, Bermúdez-Humarán LG, Gratadoux JJ, Blugeon S, Bridonneau C, Furet JP, Corthier G, Grangette C, Vasquez N, Pochart P, Trugnan G, Thomas G, Blottière HM, Doré J, Marteau P, Seksik P, Langella

 

Annick Di Scala

Dr en Pharmacie

 

 

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